Essensis de Danone ne tient pas sa promesse

Ou quand les marques jouent avec le vide juridique.

La grande conso, c’est le terrain fertile ou le marketing a pu s’épanouir à partir du milieu des années 1950. C’était le temps de la consommation de masse indifférenciée où moults marchés restaient encore à conquérir, où la demande suivait avec plaisir, où l’économie se portait à merveille.

Essensis version à boire

Essensis version à boire

Mais aujourd’hui, la grande conso (et surtout l’alimentaire), ce n’est pas vraiment vraiment le pays des bisounours. Marchés arrivés à saturation, consommateurs éclairés, hausse des prix des matières premières mais surtout forte progression des Marques De Distributeurs sont autant de raisons qui poussent les marques à créer des besoins se différencier par l’innovation.

Venons-en au fait.

En janvier 2007 Danone lançait son yaourt au packaging rose fuschia Essensis. Essensis surfe sur la vague des alicaments, ces aliments qui “soignent” (je pèse mes mots et vous comprendez pourquoi dans la suite), puisque qu’il promet une réduction de la perte en eau de notre peau de 15% à raison de deux pots par jour dès 6 semaines de traitement consommation.

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Essensis surfe sur la vague du bien-être et de la santé :)

Ce yaourt, ainsi nommé a injuste titre car il n’en contient pas les deux ferments principaux, a donc vocation à “nourrir votre peau de l’intérieur” pour la rendre “plus saine et donc plus belle”.

QUE NENNI!

En regardant bien le dossier scientifique fourni par Danone à la DGCCRF (fournir un dossier est obligatoire pour démontrer les supposés bénéfices du produit), on trouve :

  • Une étude de biodisponibilité dont le but était de déterminer si deux des “principes actifs” présents dans Essensis seraient retrouvés dans le sang après consommation. Les deux composants testés se trouvent en effet dans le sang même si l’un des deux est absorbé deux fois plus efficacement lorsque l’huile de bourrache (aliment témoin) est consommée seule. Cool, mais on n’en sait pas plus sur les effets de ces composants.
  • Une étude clinique réalisée sur 72 femmes. Le premier groupe consommait 2 Essensis par jour, l’autre 2 produits laitiers dépourvus du complexe Pronutris. Et ce pendant 6 mois avec auto-évaluation de leur peau (plus subjectif tu meurs) et avec pour critère la “Perte Insensible en Eau(et en plus ça s’appelle “insensible”). Résultat : les femmes (pas plus de détails) ont trouvé leur peau “plus saine voire moins sèche”.
  • Une étude auprès de 200 lectrices de Marie-Claire déclarant avoir la peau sèche et/ou sensible : 2 pots par jour pendant 6 semaines. 80% des lectrices seraient convaincues des bienfaits d’Essensis sur la peau. Bah ouais, si t’y crois c’est que c’est vrai.
  • Une étude bibliographique qui occulte des publications de l’AFSSA réfutant l’effet de la vitamine E, du thé vert et de la bourrache sur la santé de la peau alias le fameux complexe Pronutris. Ah bah bravo!

De son côté, Que Choisir a mené sa propre étude. La méthodologie est de suite beaucoup plus contraignante : 5 groupes, 4 d’entre eux consomment 1 (ou 2) yaourt Essensis (ou Velouté) + application de crème hydratante, l’autre ne doit simplement pas changer ses habitudes alimentaires,les instruments de mesure sont le PIE & la cornéométrie et ce sur 3 mois.

Soit une logistique impressionante : 10800 pots de yaourts et 250 pots de crèmes au total (les yaourts devant être livrés en plusieurs fois pour tenir compte de la date limite).

Conclusion : Essensis ne démontre pas son efficacité.

Le Beauty Bar du Printemps Haussman pour le lancement du produit

Le Beauty Bar du Printemps Haussman pour le lancement du produit

En même temps, je ne peux pas trop leur en vouloir chez Danone. Déjà qu’ils sont obligés d’innover et de se différencier, la loi ne réfrène pas vraiment leurs ardeurs :

  • Le nombre et la nature des pièces dudit dossier scientifique sont laissés à la seule appréciation du fabricant, tout comme l’exigence méthodologique. C’est la porte ouverte à toutes les fenêtres j’ai envie de dire.
  • Les administrations (française et européenne) ne procèdent qu’à une simple relecture du dossier, sans test de répétabilité (reproduction de l’étude dans un autre laboratoire). Moi aussi je sais lire.
  • Pas de contrôle sur la communication (publicité et emballages), spécialement sur la hiérarchisation de l’information. Aaahhh les fameuses petites lignes…
  • Une résolution du Conseil Européen n’ayant pas été concrétisée.

Je laisse ce compte-rendu à votre appréciation. Je pense que c’est une vrai thématique qui confronte le vide juridique et l’éthique d’entreprise avec une grosse couche de “loi de la jungle” par dessus…

Pour savoir plus sur les MDD et leur place dans le marché de la grande conso, allez faire un tour par là-bas.

Pour tous les détails, allez consulter le rapport de l’UFC Que Choisir sur le cas Essensis.

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3 thoughts on “Essensis de Danone ne tient pas sa promesse

  1. Jo says:

    Il faut croire que Jaques Weber qui boit du danacol, ça ne fait plus vendre….

    Ça ne m’étonne pas que Danone exploite les faiblesses du système pour promouvoir son pseudo yaourt miracle. Par contre le truc qui m’étonne toujours, c’est Richard Berry qui mange un sveltesse… :-D

  2. Imane Hemideche says:

    Eh Jo tu t’y connais en youhoute !

  3. .::CleMs::. says:

    Mais il est très sexy Jacques Weber quand il boit du Danacol… euh…

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